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21 mars 2020
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Veille Scienfique#1 Prévoir les besoins hospitaliers à court terme en France

 

« COVID-19: Forecasting short term hospital needs in France »

De Clément Massonnaud, Jonathan Roux et Pascal Crépey.

https://www.ea-reperes.com/wp-content/uploads/2020/03/PredictedFrenchHospitNeeds-EHESP-20200316.pdf , publié le 16 mars 2020

 

Face à la propagation du COVID-19 en France et dans le monde, les modèles épidémiologiques sont des outils de prévision utiles pour la prise de décisions en matière de politique de santé. A ce jour, quelques modèles de propagation du COVID-19 ont été publié pour les pays européens et mais aucun pour la France. Dans cette étude, les auteurs ont modélisé sur un mois (du 14 mars au 14 avril 2020) l'expansion de la propagation de COVID-19 en France métropolitaine afin de déterminer le nombre de personnes infectées (détaillant le nombre de cas sévères et de décès), et d'évaluer l'impact de l'épidémie sur les ressources hospitalières en estimant le nombre de lits de réanimation et de soins intensifs nécessaires dans chaque région.

 

Pour ce faire, les auteurs ont développé un modèle compartimental basé sur les « bassins versants » de chaque hôpital en France. Les variables fixées étaient le nombre de lit de réanimation selon les données publiées par les services de santé, la durée d'incubation du virus (5 jours), la durée de contagion (11 jours) et le risque de sévérité en fonction de l'âge (entre 0 et plus de 80 ans, 17 tranches de 5 ans). Les variables calculées étaient le nombre de personnes infectées, le nombre de personnes présentant une atteinte sévère et le nombre de décès Trois différents scénarii ont été modélisés selon 3 valeurs du taux de reproduction de base R0 du virus (1.5, 2.25 et 3) en s'appuyant sur les données issues de précédentes études épidémiologiques, essentiellement chinoises.

En ce qui concerne le nombre de cas infectés, de cas sévères et de décès : l'estimation du nombre de cas infectés s'étendrait de 22 872 à 161 832 et entre 1 020 à 11 025 décès seraient dénombrés selon les scénarios (du plus favorable au plus défavorable). La région Grand-Est serait la région la plus touchée, suivie des régions Ile-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes, quelle que soit les variables étudiées.

En ce qui concerne l'occupation des lits de réanimation et de soins intensifs : dans le pire des scénarios, toutes les régions seront dépassées avant le 14 avril 2020. Dans le scénario intermédiaire, 7 régions sur 13 seraient dépassées avant le 14 avril 2020. Dans le scénario le plus favorable, seule la Corse ferait face à une saturation. Dans tous les scénarii, la Corse serait la première région à atteindre la saturation notamment en raison de son faible nombre de lits. Ensuite, ce sont les régions du Grand-Est et de Bourgogne-Franche-Comté qui risqueraient de connaître une saturation des lits de réanimation et de soins intensifs. 2 500 à 25 000 patients nécessiteraient une place en réanimation ou en soins intensifs, et 1 800 à 18 000 patients auraient besoin de ventilation.

 

Dans leur discussion, les auteurs remarquent que les capacités du système de santé français seraient dépassées dans plusieurs régions même dans les scénarii optimistes. Les auteurs font également remarquer sur le plan méthodologique que l'impact de la saisonnalité du COVID-19 reste inconnu ; que les capacités « recensées » de réanimation et de soins intensifs ne reflètent pas exactement les capacités réelles (occupation par les patients atteints d’autres pathologies, ré-organisation et anticipation en prévision de la crise). Les auteurs rappellent que depuis le 29 février des mesures visant à limiter la propagation de l’épidémie ont été initiées par le gouvernement français avec une augmentation progressive des mesures. Ces mesures n’ont pas été intégrées dans le modèle d'estimation mais elles viendront modifier la valeur du taux de reproduction (et donc passer d’un scénario défavorable vers un scénario favorable).

texte original disponible : https://www.ea-reperes.com/wp-content/uploads/2020/03/PredictedFrenchHospitNeeds-EHESP-20200316.pdf

Traduction par Aurélien Hugues1,2,*et Sébastien Mateo1,2 traduit le 19 mars 2020

(1) Service de médecine physique et réadaptation, hôpital Henry-Gabrielle, Hospices Civils de Lyon, 20, route de Vourles, 69230 Saint-Genis-Laval, France.

(2) Equipe « ImpAct », Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon (CRNL), Inserm UMR-S 1028, CNRS UMR 5292, Université Lyon 1, 16, avenue Lépine, 69676 Bron, France

* huguesaurelien@gmail.com


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